La chronique facile du mercredi

Où sont passés les mèmes de la présidentielle américaine ?

En 4 ans, la donne a pas mal changé sur internet, notamment politiquement.

J’avais envie d’en parler sur Twitter lorsque je me suis rappelé que j’avais un blog et que je pourrais très bien en faire une note.

Depuis quelques années, j’ai pas mal analysé le rapport qu’avait les différents partis avec la culture du mème internet. Et je m’aperçois qu’en 2016 j’avais consacré pas moins de 5 articles autour des mèmes qui fleurissaient pendant la campagne en plus d’en parler dans mon bilan des mèmes de fin d’année.

Articles dont je vous fait le résumé rapide.

Les mèmes autour d’Hillary Clinton étaient principalement là pour se moquer d’elle, très souvent physiquement :

La principale blague autour de Ted Cruz c’était qu’il était potentiellement le tueur du Zodiaque.

Le candidat Bernie Sanders voyait un culte se former autour de lui et les fans-arts le dépaignait sous une allure positive s’étaient multipliés.

Le panneau Bernie or Hillary aura été parodié pendant de nombreux mois.

Trump clivait déjà : il y avait des tonnes de moqueries sur son physique et son tempérament

 

mais il avait le soutient d’une frange de l’internet venue de 4chan qui l’associait au visage de Pepe The Frog.

Ce que j’avais fini par expliquer dans une 6eme article.

Or, je m’aperçois qu’on est dans une année électorale américaine aussi et si je devais faire le bilan, j’aurais du mal à citer un mème marquant de ces derniers mois.

Alors, oui, on trouve énormément d’images comiques prenant la forme de mèmes, comiques qui reprennent la grammaire propre à internet, mais ça manque d’une image, d’un symbole ou d’un gimmick récurrent qui serait propre à internet. Et c’est pas faute d’avoir écumé reddit ces derniers temps, où la campagne électorale américaine est le principal sujet de discussions. (Et le sera jusqu’à la fin de l’année.) 

Alors que s’est-il passé ? Petite mise au point. 

Le principal fautif : le Coronavirus.

Commençons par ce qui est évident pour tout le monde : L’épidémie de Covid-19 a complètement changé la donne. D’ailleurs, avant mars 2020, il y avait des mèmes politiques qui tournaient. Par exemple, celui sur Bernie Saunders demandant de l’argent pour sa campagne ou sur Nancy Pelosi déchirant une feuille.

Et puis, le virus est arrivé, il y a eux deux étapes : la première, c’était d’être trop occupé par cette histoire pour se soucier de la campagne électorale.

La seconde, c’est la politisation du sujet du virus, notamment lorsque les américains ont commencés à être mécontent de la réaction de Trump. Les mèmes parlant du Coronavirus aux USA ont fini par parler de Trump : son absence de plan face à une pandémie qui touche les USA,

le fait que ses supporters soient assez nombreux dans le mouvement des anti-masques

et surtout sa fameuse conférence où il a envisagé que s’ingérer de l’eau de javel pouvait être une piste intéressante.

Pour ceux qui veulent un résumé plus détaillé j’en parlais en vidéo.

Une campagne ultra-crispée :

Aux morts du Coronavirus s’est greffé la hausse du chômage puis, les émeutes aux USA notamment tout ce qui concerne le mouvement Black Lives Matter. Et on trouve  côté, Trump qui choisit de blâmer les maires et sénateurs démocrates pour leur laxiste. Le tout souligné par une communication va t-en guerre, basée sur “LA LOI ET L’ORDRE.”

A cela s’ajoute une réécriture de la pandémie : la plupart des morts du Covid le seraient d’autres choses et maquillés par les CDC (Les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies) en un complot contre Trump.

De l’autre, des Démocrates qui blâment Trump pour son incompétence face à la crise et une façon de souffler sur les braises en provoquant des tensions, en propageant des rumeurs ou en offrant carte blanche aux pire racistes. Sans parler du démentelement de l’USPS (La Poste américaine) au moment où de nombreux américains s’apprêtent à voter par courrier.

On est clairement sur deux récits qui sont en total contradiction, ce que n’a pas manqué de souligner certains moqueurs.

Ce qui fait que Joe Biden n’a pas vraiment de mème internet sur lui, car celui-ci est caricaturé de façon complètement différentes selon la personne qui parle  : pour les critiques du côté Républicain c’est un dangereux communiste qui se fait passer pour un politicien honnête, mais provoquera l’anarchie.

Pour les critiques du côté Démocrate, il est bien trop à droite pour appliquer un programme un tant soit peu novateur, rien ne changera s’il est élu, et sa campagne n’a rien qui ne fasse rêver, si ce n’est de virer Trump.

La disparition de certains acteurs sociaux qui faisaient caisse de résonance :

Il n’y a pas d’équivalent 2020 à Pepe The Frog. A l’époque, si de nombreux internautes y avaient vu la radicalisation de 4chan vers l’alt-right, son visage narquois, les mèmes dans lesquels il faisait enrager les libéraux , ainsi que l’icônisation de Trump, avait amusé de jeunes internautes au point de voter Républicain, ou plutôt de ne pas voter Hillary Clinton jugée comme incompétente pour ne pas avoir protégé sa boite mail.

Pire : après de nombreuses années de “The Left Can’t Meme” et de bravade à dire qu’internet (et les jeunes) sont du côté de Trump (ce qui n’a jamais été vrai si l’on en croit les sondages) les mèmes internet Républicains ne font plus parler d’eux. Il faut dire que Steve Bannon l’ancien directeur de campagne de Trump (et instigateur de ce tournant) est actuellement jugé pour détournement de fond et que de moins en moins d’internaute vont sur 4chan pour “voir des mèmes.”

A vrai dire, à la glorification de Trump, les cercles conservateurs sont passés à l’iconisation ou la défense de personnes comme Kylen Ritthenhouse ou du policier à l’origine de la mort de Georges Floyd : des gens qui ont tirés sur la foule, abattu un manifestant ou une personne noire de sang froid.

Et s’il ne restait que le déni ?

On récapitule : On est sur une élection américaine où selon chaque camp vérité factuelle n’est pas la même. Que ce soit la violence (venue des manifestants pour les uns, de la police et des suprémacistes blancs pour les autres) ou les morts du Covid ( pandémie catastrophique et mal géree pour les uns, trucage de chiffre et complot pour étouffer la liberté pour les autres) le récit n’est pas le même.

Ce qui renvoi encore plus à la crispation du débat : On est passé en quatre ans d’une campagne, qui, certes, avait ses violences mais dont on pouvait se marrer, à un vote qui donne l’impression que son issue apportera la misère et le chaos. A cela s’ajoute des événements incroyables que les américains ont encore peine à digérer : la pandémie, le confinement, les affrontements.

D’où l’essort ces derniers jours d’un mème soulignant l’idée que tout ça n’est qu’un énorme rêve dont on va se réveiller.

 

 

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